Environnement



Perché sur son éperon, dominant de 300 mètres par un à-pic rocheux impressionnants, le fleuve Var au point où il reçoit la Vésubie, bordé au nord par un précipice d'aspect si maléfique qu'il fut nommé le " mari-Poï ", le village de Bonson couronne au midi le moutonnement argenté des vergers d'oliviers que l'architecture invisible des restanques hisse d'un seul jet depuis le fleuve jusqu'à lui.

Cette parure de vingt mille oliviers, à la fois ornement pour l'esprit et source essentielle des revenus du village, ses habitants sont de moins en moins nombreux à l'avoir connue, encore moins nombreux à avoir participé à son édification : elle était ainsi au début de ce siècle, fruit du labeur et du génie architectural de nos anciens, mais, au fil des années, les guerres et l'économie moderne ont éloigné les acteurs et laissé le verger envahi par les pins, les chênes et la broussaille.


Longtemps, ce paysage irréprochable unissant les abîmes de rocs à la douceur odorante des pins, les reliefs tourmentés des montagnes à la présence rassurante des oliviers, les visions aériennes de la vallée ouverte sur la mer aux nids de verdure, pleins d'oiseaux, longtemps ce paysage enchanteur a donné l'illusion de la permanence.

Mais, pénétrant sous l'apparence, on pouvait découvrir sous les pins, les oliviers abandonnés lançant vers le ciel invisible leurs branches mortes et noires, tandis qu'entre leurs troncs les rideaux de salsepareille, les argylas, les genêts et les ronces ne livraient plus passage qu'aux tunnels de sangliers. Les anciens sentiers, parfois obstrués par les pierres tombées des murs ou entraînés dans le vallon par des tornades oubliées, ne conduisaient plus aux vergers.

Ainsi pouvait-on redouter chaque année, au retour du chaud et du sec, au retour du vent, ce qui ne pouvait manquer d'arriver et qui est survenu ce jour du mois d'août 1994 où le feu a tué 400 hectares de forêt dont une bonne partie des 100 hectares d'oliviers.

Ce jour-là, les routes coupées dès le début, les gigantesques volutes de fumée et la rapidité du sinistre parcourant le territoire de la commune en moins d'une heure, ont rendu inopérants les efforts des pompiers, des canadairs et hélicoptères, réduits à tournoyer au-dessus du village pour treuiller éventuellement les habitants encerclés par les flammes.

Ce jour-là une saute de vent a sauvé le village, mais quand on sait qu'en vingt ans la commune de Bonson a connu 10 incendies, il est évident que le risque permanent du feu aura raison du village et du pays si l'on ne revient pas à la situation qui a permis la création et la vie de la commune : un verger d'oliviers entretenu.

Ce patrimoine de beauté et de richesses édifié par les anciens était également un patrimoine de sécurité et il n'en est pas d'autre : l'effet de régénération qu'en d'autres endroits le feu entraîne pour la forêt, n'est pas valable ici en raison des fortes pentes.
Après quelques réitérations l'eau balaie la faible couche d'humus, les murs en pierres s'éboulent. Si l'on attend ce stade-là qui heureusement n'a pas été atteint, on ne voit pas comment cette œuvre séculaire, gigantesque mais forcément artisanale et manuelle pourrait jamais être reprise dans le style de vie moderne ; si l'on ajoute à cela qu'une étude de l'ONF a montré que de nombreuses tâches de gypse sur le terrain de l'olivaie sous le village y rendent impossible la construction de routes donc d'habitations, on comprend que le classement par le POS en zone agricole ne saurait être modifié.

Seule la revalorisation du verger, c'est-à-dire sa remise en état pour en faire une entreprise rentable permettra, à la fois de réaliser la mise en sécurité durable du village et de la commune, à la fois de redonner au paysage sa beauté, mais encore de retrouver sa capacité et sa vocation de gisement d'emplois.
Cette vision n'avait pas échappé à la municipalité ni à plusieurs propriétaires d'oliviers et les avait conduit quelques semaines avant la catastrophe d'août 1994 à former le projet de rénover l'olivaie.

 


La revalorisation de l'olivaie, un projet à plusieurs dimensions.


Imaginé d'abord sous la forme d'un projet modeste de remise en état de quelques hectares d'oliviers situés sous le village afin de protéger celui-ci, dépassé avant même tout début de réalisation par la catastrophe de l'été 94, la prise de conscience qui s'en est suivie a conduit à l'étendre à la totalité de l'ancienne olivaie,

puis à regrouper autour de ce projet central plusieurs projets qui lui sont naturellement liés, celui du moulin communal à huile, celui d'un artisanat situé en aval de la production oléicole et celui d'un tourisme spécifique dont le développement ne se fera que si, grâce à l'olivier, le paysage retrouve sa valeur attractive.

Voici présentées ci-dessous les trois composantes de ce projet : économique, touristique et social.

Le développement économique
  • Par la revalorisation de l'olivaie : quand les opérations de revalorisation de l'olivaie ont repris, après l'incendie, on pouvait compter 1500 oliviers encore en production, 3500 brûlés ou chauffés, mais récupérables et 5000 arbres à replanter ou à recéper à partir de la souche, le tout sur les 50 hectares qui, n'étant pas situés dans des zones constructibles, n'étaient pas ou ne seraient pas pris directement en charge par les résidents. Cette opération dure depuis 4 ans, se poursuit actuellement et demandera encore plusieurs années pour être menée à son terme ;

  • Par l'utilisation rationnelle du moulin communal ce moulin rénové mis aux normes européennes ; mais gardant son mode traditionnel de fonctionnement, en particulier pour garantir aux producteurs d'avoir une huile de leurs olives, est le complément naturel de l'activité oléicole de la commune. Il connaît un succès grandissant.

  • Par un traitement artisanal des produits de l'olivaie, dans la dynamique créée par l'olivaie et le moulin, on peut loger l'élaboration des olives de table, de la pâte d'olives, de la tapenade.

Le développement touristique

  • Grâce à la mise en valeur de l'olivaie, sous certaines conditions, avec naturellement l'agrément des propriétaires, la réhabilitation des sentiers de desserte et la création de nouveaux sentiers permettront de parcourir l'olivaie qui, entre le village et le Var, recèle des points de vue magnifiques. Couplés lorsqu'ils fonctionnent, avec la visite du moulin, ces parcours pourront offrir un grand intérêt.

  • Par l'art culinaire et la gastronomie liée à l'olive,

  • Par une offre d'accueil de proximité. tous ces centres d'intérêt ne se concrétiseront que dans la mesure où sera créé un accueil. " De proximité " signifie pas forcément hôtels ou gîtes d'étapes qui sont le plus utiles, mais restaurants, alimentation, guides, ventes des produits de la commune, etc.

Le développement social

Compte tenu de la demande actuelle d'olives et d'huile d'olives, l'activité est rentable et l'on peut estimer, qu'une fois menée à son terme, avec ses prolongements vers le moulin, les activités artisanales et touristiques l'opération peut conduire à la création d'au moins 7 emplois permanents.

Deux conditions devront être remplies pour y parvenir

  • Offrir aux futurs titulaires ce des ces emplois la, possibilité de se loger ainsi que leurs familles sur la commune,

  • Que soit poursuivi l'effort du Conseil Général, de l'Etat et de l'Europe pendant les quelques 6 années cruciales qui porteront à 10 le temps des subventions.